Exemple de cas: Afrique-Chine

L’embellie économique et le poids démographique de la Chine exigent une consommation d’énergie plus vigoureuse que par le passé. La structure de cette demande repose historiquement sur la consommation de charbon, pour lequel la Chine est le premier producteur mondial.

D’ici la prochaine génération, la consommation de charbon dominera encore le paysage énergétique chinois ; cela n’empêche pas le pays de développer d’autres options que ce soit à travers le développement de l’hydroélectricité (la construction du barrage des Trois Gorges en est une illustration), de l’énergie nucléaire, du gaz et … du pétrole. Ce dernier, utilisé dans le transport et l’industrie, est la deuxième source d’énergie du pays. Sa demande augmente depuis les années 1970 à tel point que la Chine est devenue importatrice nette depuis 1993.

En 2005, la Chine est le deuxième consommateur mondial de pétrole avec plus de 6 millions de barils/jour, derrière les Etats-Unis (20 millions de barils/jour) et devant le Japon (5 millions de barils/jour). D’ici 2030, les experts prévoient que la demande chinoise passe à plus de 13 millions de barils/jour, dont 80% serait importée. Ces volumes considérables poussent la Chine à multiplier les offensives diplomatiques et économiques sur le terrain pétrolier face aux autres pays consommateurs. Le Moyen-Orient est le fournisseur principal de l’économie chinoise. Compte tenu des tensions géopolitiques de la région, surtout depuis le 11 septembre 2001 et l’offensive américaine en Irak, les dirigeants à Pékin tentent de diversifier et de sécuriser leurs importations de pétrole ce qui n’est pas sans conséquence sur la situation géopolitique régionale (Asie centrale, Asie du Sud et Russie) ou internationale (Amérique du Sud et en Afrique).

Les compagnies pétrolières multiplient les contrats de production mais aussi les prospections, dans un contexte où les cours actuels du pétrole permettent d’aller dans l’offshore profond ou d’envisager de faire jaillir des puits qui n’étaient jusque-là pas rentables. L’Afrique se présente comme un nouvel eldorado pétrolier. Avec le Moyen-orient et l’Amérique du Sud, elle figure parmi les régions où les nouveaux gisements sont les plus nombreux. De plus, l’or noir extrait du sous-sol africain est de bonne qualité. Même si des États comme le Cameroun n’ont plus réellement de perspectives de croissance, la production de l’Afrique sub-saharienne, notamment celles des poids lourds tels que l’Angola et le Nigeria, augmentera dans les prochaines années. En outre, un certain nombre de pays sont rentrés récemment dans la classe des pétroliers : Tchad en 2003, Mauritanie en 2006. D’autres y entreront probablement à l’avenir, comme le Mali en 2008, ou Sao Tomé d’ici 2010.

Entre 1998 et 2005, les importations chinoises de pétrole africain ont été multipliées par 9, passant de 100 000 à plus de 900 000 barils/jour. Cette croissance est particulièrement vigoureuse comparée à ses importations totales de brut qui n’ont été multipliées que par 3,5 au cours de la même période. 90 % de ces flux proviennent des pays d’Afrique sub-saharienne, principalement de l’Angola, premier fournisseur africain de la Chine, pour 45 % de ses importations, puis du Soudan (18 %), de la République du Congo (14 %) et de la Guinée équatoriale (9 %).

L’intensification des relations commerciales entre la Chine et les pays pétroliers sub-sahariens est le résultat d’investissements croissants de la part des compagnies pétrolières chinoises. Ces dernières sont aujourd’hui actives, à des degrés divers, au Soudan, en Angola, au Nigeria en Algérie, au Gabon, en Mauritanie au Niger ou au Mali, et elles pourraient le devenir au Tchad, en Libye ou en République centrafricaine. La CNPC (China National Petroleum Company) est l’entreprise qui compte le plus d’investissements sur le continent. Elle est présente dans 8 pays, avec une position stratégique au Soudan où elle est majoritaire dans les principaux champs pétrolifères du pays (Muglad et Melut). De son côté, le groupe SINOPEC (China Petroleum Corporation) a conclu des accords d’exploration et de production dans 6 pays africains (Algérie, Angola, Congo, Gabon, Mali et Soudan). Enfin, la CNOOC (China National Offshore Oil Corporation), reflétant l’ambition de la Chine pour l’exploitation off-shore, est surtout visible dans le Golfe de Guinée. Cette compagnie vise l’extraction en eaux profondes qui s’avère rentable sur plus de 20 ans. Elle est entrée dans le champ pétrolifère d’Akpo Field récemment découvert au Nigeria. L’entreprise chinoise a investi 2,3 milliards de dollars pour acquérir 45 % du capital. En février 2006, elle a également signé un contrat d’exploration avec la Guinée équatoriale pour le bloc S en offshore.

L’Afrique de l’Ouest n’est donc pas l’enjeu actuel majeur pour la Chine : les exportations ouest-africaines de pétrole ne s’élèvent qu’à 5 % des exportations africaines vers la Chine. Cependant, à long terme, l’Afrique de l’Ouest exerce déjà un attrait du fait des réserves au Nigeria, des récentes mises en exploitation en Mauritanie et au Tchad et des potentialités dans la bande sahélienne confinée entre le Tchad et la Mauritanie.

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